« Alors, on est en RT 2024 ou en RE 2020 ? » Cette question, je l'entends à chaque rendez-vous chantier depuis deux ans. Et à chaque fois, la même réponse de ma part : la RT 2024 n'existe pas.
Pas dans les textes, en tout cas. Ce nom circule partout — dans les devis, les conversations entre artisans, certains articles de presse — mais si vous cherchez le décret fondateur d'une « RT 2024 » sur Légifrance, vous ne le trouverez pas. Ce que vous trouverez, c'est la RE 2020, applicable depuis le 1er janvier 2022, dont les seuils se durcissent par paliers. Et c'est ce millefeuille mal nommé que je vais démêler ici, parce que confondre les deux m'a déjà coûté un chiffrage erroné sur un projet de logements collectifs à Nantes.
Points clés à retenir
- La « RT 2024 » n'est pas une norme officielle : c'est un abus de langage qui recouvre la RE 2020 et ses évolutions.
- La RE 2020 s'applique à la construction neuve depuis 2022, avec des seuils carbone qui se resserrent progressivement.
- Pour la rénovation, ce n'est pas la RE 2020 qui s'applique, mais l'arrêté du 3 mai 2007 modifié en 2017.
- Deux régimes coexistent dans l'existant : « globale » au-dessus de 1 000 m² de surface utile, « élément par élément » en dessous.
- Confondre ces cadres peut faire basculer un projet de plusieurs dizaines de milliers d'euros.
- En 2026, aucune nouvelle réglementation n'est venue remplacer la RE 2020.
Ce que « RT 2024 » signifie réellement
Posons le décor. En France, le cadre qui régit la performance énergétique et environnementale du neuf s'appelle la RE 2020 — Réglementation Environnementale 2020. Trois objectifs structurent le texte : sobriété énergétique et décarbonation de l'énergie, réduction de l'impact carbone (y compris sur la phase de construction), et garantie de confort en cas de forte chaleur.
Le calendrier d'application a été progressif. Depuis 2022, les logements collectifs et les bâtiments de bureaux y sont soumis. Les maisons individuelles et les bâtiments tertiaires ont suivi. Les seuils se sont resserrés au fil des ans. C'est précisément ce durcissement par paliers qui a fait naître l'expression « RT 2024 » dans le langage courant : en 2024, certains seuils ont bougé, et beaucoup en ont déduit qu'une nouvelle réglementation avait vu le jour.
Eh bien non. Spoiler : c'est toujours la RE 2020.
Pourquoi le terme « RT 2024 » persiste malgré tout
Trois facteurs entretiennent la confusion.
- La tradition française du sigle « RT » suivi de l'année — RT 2005, RT 2012 — a ancré un réflexe mental que le changement de nomenclature n'a pas effacé.
- Les paliers de renforcement de la RE 2020 sont mal identifiés par les non-spécialistes, qui assimilent chaque évolution à une nouvelle norme.
- Le décret tertiaire (Éco Énergie Tertiaire), qui impose des réductions de consommation aux bâtiments tertiaires de plus de 1 000 m², est souvent amalgamé à tort avec la RE 2020.
Résultat : dans un même devis, on peut lire « conforme RT 2024 » alors que le texte applicable est la RE 2020. Franchement, ce n'est pas anodin. Sur un projet, j'ai vu un maître d'ouvrage partir du principe qu'il n'était pas concerné par les exigences carbone parce qu'il n'avait « jamais entendu parler de la RE 2020 » — il pensait que la RT 2024 était une simple mise à jour énergétique.
Quelle est la différence entre la RT2012 et la RE 2020 ?
La RT 2012 était une réglementation thermique. Elle fixait un objectif de consommation d'énergie primaire (le fameux Bbio, complété par le Cep) et imposait une perméabilité à l'air. Son horizon : réduire la facture énergétique en usage.
La RE 2020 va plus loin. Elle ajoute une dimension environnementale que la RT 2012 ignorait complètement : l'impact carbone du bâtiment, calculé sur l'ensemble de son cycle de vie. Cela change tout.
| Critère | RT 2012 | RE 2020 |
|---|---|---|
| Champ d'application | Construction neuve | Construction neuve |
| Objectif principal | Performance énergétique | Performance énergétique + carbone |
| Usages pris en compte | Chauffage, refroidissement, éclairage, auxiliaires, eau chaude sanitaire | Les 5 usages de la RT 2012, plus l'impact carbone de la construction elle-même |
| Confort d'été | Peu ou pas traité | Indicateur de confort en cas de forte chaleur |
| Énergie positive | Non exigé | Viser le BEPOS dans certains cas |
Le point de bascule, c'est le carbone. Un bâtiment très performant sur le plan énergétique peut afficher une empreinte carbone déplorable s'il est construit en béton armé massif avec des menuiseries importées. La RE 2020 sanctionne ce type de choix.
Les conséquences concrètes sur un chantier
J'ai refait un chiffrage complet sur une maison individuelle en 2023. En RT 2012, la structure béton classique passait sans difficulté. En RE 2020, il a fallu basculer sur une ossature mixte bois-béton et revoir l'isolation pour atteindre les seuils carbone. Surcoût final : environ 7 % sur le lot gros œuvre. Ce n'est pas rien, mais ce n'est pas non plus rédhibitoire — et le client a récupéré une partie de ce surcoût sur la revente.
Quelle est la dernière norme RT ?
La dernière norme en vigueur est la RE 2020. Elle est entrée en application en 2022 et constitue aujourd'hui le texte de référence pour toute la construction neuve en France.
Le texte fondateur a été publié en novembre 2020, puis ses arrêtés d'application ont été déployés par vagues. Si vous voyez passer « RE 2020 » avec une date de mise à jour récente, ce sont les arrêtés modificatifs qui évoluent, pas la réglementation elle-même.
Concrètement, cela signifie qu'un projet déposé en 2026 est évalué selon la RE 2020 — version consolidée. Les seuils sont plus exigeants qu'en 2022, mais le cadre réglementaire est identique.
Ce que cela change pour les maîtres d'œuvre
Les architectes et bureaux d'études doivent intégrer dès l'esquisse une analyse de cycle de vie. Ce n'est pas un calcul qu'on ajoute à la fin. Si vous attendez le dépôt du permis de construire pour vérifier la conformité carbone, vous allez au-devant de sérieuses déconvenues.
Je le dis sans détour : la RE 2020 a fait basculer la conception du bâtiment d'une logique énergétique à une logique matériaux. C'est un changement culturel pour toute une profession.
Quel RT en 2026 ?
En 2026, c'est toujours la RE 2020 qui s'applique. Aucun nouveau texte n'est venu la remplacer.
Les seuils carbone continuent de se resserrer selon le calendrier prévu par les arrêtés d'application. Mais la réglementation de référence reste la même. Si un commercial vous parle d'une « RT 2026 », demandez-lui de vous citer le décret. Vous verrez sa réaction.
Pour anticiper les évolutions futures, gardez à l'esprit deux dynamiques :
- Le durcissement progressif des plafonds d'impact carbone, qui pousse vers des matériaux biosourcés et des filières locales.
- La montée en puissance des exigences de confort d'été, avec des indicateurs de degrés-heures qui deviennent contraignants dans certaines zones climatiques.
Ces deux axes dessinent la suite logique. Mais à ce jour, rien n'a remplacé la RE 2020 sur le plan réglementaire.
Quelle RT en rénovation ?
Ici, on change complètement de cadre. La RE 2020 ne s'applique pas à la rénovation. Ce qui s'applique, c'est l'arrêté du 3 mai 2007, modifié par l'arrêté du 22 mars 2017, relatif aux caractéristiques thermiques et à la performance énergétique des bâtiments existants.
Ce texte ne s'applique qu'aux travaux soumis à permis de construire ou à déclaration préalable. Il distingue deux régimes.
La réglementation dite « globale »
Elle concerne les bâtiments dont la surface utile totale est supérieure à 1 000 m². L'objectif est une performance énergétique globale, calculée sur l'ensemble du bâtiment après travaux. La méthode est proche de celle utilisée pour le neuf, mais avec des exigences adaptées à l'existant — on ne peut pas demander à un bâtiment ancien de rivaliser avec une construction neuve.
La réglementation dite « élément par élément »
En dessous de 1 000 m² de surface utile, c'est ce régime qui s'applique. Chaque élément remplacé ou installé doit respecter une exigence minimale propre :
- Isolation thermique des parois opaques (murs, planchers, combles).
- Isolation et remplacement des parois vitrées et menuiseries.
- Systèmes de chauffage, de refroidissement, d'eau chaude sanitaire et de ventilation.
Vous ne pouvez pas vous contenter de traiter un seul poste et ignorer les autres si votre projet les touche tous. Chaque intervention déclenche l'exigence correspondante.
Les Certificats d'Économie d'Énergie (CEE) sont un complément fréquent : ils ne sont pas une obligation réglementaire, mais une source de financement qui incite à aller plus loin que le minimum requis. Des dérogations sont également possibles dans certains cas — notamment quand l'application stricte de la réglementation entraînerait un coût disproportionné ou une impossibilité technique.
Les pièges que je vois se répéter
Après plusieurs années sur des projets résidentiels et tertiaires, j'ai identifié quelques erreurs récurrentes.
- Confondre RE 2020 et rénovation. J'ai vu des maîtres d'ouvrage exiger de leurs artisans une conformité RE 2020 sur une rénovation lourde d'un immeuble des années 70. Ce n'est pas le bon cadre. Perte de temps estimée sur ce dossier : environ trois semaines de rendez-vous inutiles.
- Attendre le dépôt du PC pour vérifier les exigences.
- Oublier le décret tertiaire quand on gère un bâtiment tertiaire existant. Ce n'est pas la RE 2020, mais cela peut imposer des obligations lourdes de réduction de consommation.
- Se fier à un devis qui mentionne « RT 2024 » sans préciser le texte applicable. Demandez toujours la référence exacte.
- Sous-estimer l'impact du carbone dans le neuf. Une structure béton mal pensée peut faire échouer la conformité, même si la performance énergétique est excellente.
Le point 5 m'a vraiment surpris la première fois. J'ai passé une semaine à optimiser l'enveloppe thermique d'un projet, en pensant naïvement que c'était le critère décisif. C'était faux — le calcul carbone a recalé le choix initial de matériaux, et j'ai dû tout reprendre. Leçon retenue.
Ce qu'il faut retenir au fond
La « RT 2024 » n'est pas une norme. C'est un raccourci trompeur qui mélange trois textes distincts : la RE 2020 pour le neuf, la réglementation existante (arrêté du 3 mai 2007) pour la rénovation, et le décret tertiaire pour les bâtiments tertiaires en exploitation. Confondre ces trois cadres expose à des erreurs de conception, des chiffrages erronés et des non-conformités au moment du contrôle.
Si vous ne devez retenir qu'une chose : avant de démarrer un projet, identifiez le texte qui vous concerne. Posez la question explicitement à votre maître d'œuvre ou à votre bureau d'études. Exigez le nom exact de la réglementation applicable, pas un sigle approximatif.
Et si quelqu'un vous parle encore de « RT 2024 » en 2026, vous saurez quoi répondre. Ce n'est pas de la mauvaise foi — c'est juste que le vocabulaire du secteur n'a pas encore suivi le changement de nomenclature. Ça viendra. Peut-être.